Portrait de Major – François Ouédraogo, Responsable des soins

Photo portrait Major1. Depuis quand travaillez-vous pour le SSBF et quelle est votre fonction ?

Je travaille au Samusocial depuis le lancement de l’idée d’un SAMU-social au Burkina Faso en 2001 (création officielle en 2002). Je suis responsable des soins : j’ai à la fois un rôle de soignant et de coordination de l’équipe médicale. J’ai pris ma retraite en 2002. J’avais l’idée de poursuivre mes activités de soins dans un établissement privé de santé, mais j’ai finalement choisi de faire autre chose : travailler dans le domaine social, qui m’a toujours attiré. Le début de cette deuxième vie professionnelle au Samusocial Burkina a aussi coïncidé avec une rencontre avec le Dr Xavier Emmanuelli.

Pour la petite histoire, c’est également en 2001 que nous avons initié un service informel d’accompagnement des malades à l’hôpital YALGADO, au sein duquel beaucoup d’enfants en situation de rue étaient pris en charge par des bénévoles. L’initiative vient du fait que nous rencontrions beaucoup de mineurs non accompagnés et qui étaient marginalisés dans les services d’urgence de l’hôpital YALGADO OUEDRAOGO où j’exerçais mes fonctions. Ces enfants étaient souvent victimes de négligence volontaire. Cela a donné naissance à l’association Contact Hors Limite, avec laquelle le Samusocial collabore toujours aujourd’hui.

2. En quelques mots, quel a été votre parcours avant d’intégrer le SSBF ?

Avant d’intégrer le SSBF j’ai travaillé plus de 20 ans à l’hôpital YALGADO OUEDRAOGO (CHUYO), dont plus de 15 ans comme Major au sein du service de réanimation. J’ai été formé à l’Ecole des Infirmiers puis j’ai fait une spécialisation d’aide opérateur option chirurgie, suivie d’un stage pratique à Loudin et à Poitiers en France. C’est à cette période que la révolution éclatait au Burkina Faso, cela coïncidait avec la fin de mon stage. Toutefois cette situation ne m’a pas permis de rentrer au pays aussitôt. C’est ainsi que j’ai exercé sur un poste d’infirmier à l’hôpital de Loudin durant trois mois.

3. En quoi consiste votre mission actuelle plus précisément ?

En tant que responsable de soins, mon rôle est avant tout celui d’un infirmier. Nous recevons les enfants en consultation, nous les soignons ou nous les accompagnons si besoin en ville pour des consultations spécialisées. Mon expérience d’aide opérateur en chirurgie m’apporte beaucoup pour soigner les nombreuses plaies dont souffrent les enfants en situation de rue.

4. Qu’est-ce qui vous anime ou vous motive au quotidien ?

Ce qui me motive c’est d’être reconnu par les enfants en situation de rue et d’avoir leur confiance.

J’ai toujours exhorté les camarades de service en leur disant que « les enfants en situation de rue doivent être traités comme un ministre ! » ; car les enfants nous observent toujours et s’ils se rendent compte que nous les négligeons ou les traitons de « bons à rien », ils ne viendront plus vers nous pour demander quoi que ce soit.

5. Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés dans votre travail ?

La difficulté à laquelle nous sommes confrontés présentement est que notre salle de soin est trop petite. Nous n’arrivons pas, pour l’instant, à monter un cabinet de soins plus conséquent et plus qualitatif. Malgré l’acquisition de nouveaux équipements médicaux tels que l’appareil à stérilisation, la boite de petite chirurgie, le tensiomètre médical, etc, la même salle nous sert pour les soins, les consultations et les observations. Ce n’est pas facile de faire avec les moyens du bord actuellement, cette salle ne nous permet pas de préserver l’intimité des enfants que nous soignons ou mettons en observation.

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6. Un bon souvenir, une expérience enrichissante, un conseil ou un proverbe à partager ?

La reconnaissance des enfants. Je n’ai jamais été agressé par eux.

Je me souviens d’une fois, alors que je circulais dans la ville de Ouagadougou, le pneu de mon véhicule a crevé et les enfants en situation de rue m’ont reconnu et sont tout de suite venus m’aider ; ils ont poussé ma voiture et ils m’ont aidé à remplacer le pneu.

Il y a aussi cet enfant qu’on a connu dans la rue il y a belle lurette et qui a été pris en charge par le SSBF et par le centre TAAB YINGA. Il a réussi à quitter la rue et est devenu autonome aujourd’hui en montant lui-même une petite entreprise de gonflage de pneu dans le quartier où je réside. Lorsque j’ai besoin de regonfler mes pneus je me rends chez lui, il me rend ce service gratuitement. Il a toujours refusé d’être payé malgré mon insistance. Il a toujours dit qu’il me rendait ce service en signe de reconnaissance !

Un conseil à donner ? Je pense qu’il ne faut pas avoir peur des enfants en situation de rue. Si vous avez peur, ils le sentent tout de suite et ils comprennent vite si on veut leur faire du bien ou du mal. Après avoir rendu service à un enfant en situation de rue, même s’il ne dit pas merci immédiatement, il sait au moins qu’on a fait quelque chose pour lui. L’enfant en situation de rue est reconnaissant malgré tout…et son « merci » viendra tôt ou tard.

La fugue d’un enfant hébergé fait mal et c’est même énervant ; mais il ne faut pas s’énerver et il faut toujours faire preuve de compréhension et de beaucoup de patience. Pour ce qui est des jeunes en situation de rue, ils sont conscients des efforts fournis pour eux, ils sont aussi sensibles que nous, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte.

7. Quel message voulez-vous faire passer au sujet des enfants et jeunes en situation de rue ?

Ces enfants sont parfois grands (physiquement) mais ils sont tout petits dans leur tête. Il faut qu’on les aide à grandir.

Chaque enfant a traversé des moments très difficiles, il faut essayer de faire plus.

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